JEAN-LUC MÉLENCHON

« Comment se fait-il que le petit Cuba arrive à faire cinq vaccins, dont trois sont en phase de vérification de leur efficacité, et que la France, qui a inventé l’idée même de vaccin, soit incapable d’en produire un ? »

Jean-Luc Mélenchon a comparé les stratégies cubaines et françaises de développement de vaccins contre la Covid-19. Cuba a effectivement fait le choix de la souveraineté et développe bien cinq vaccins, dont plusieurs sont en phase de test de leur efficacité. Mais, en France, un vaccin est également en production, puisque Sanofi a annoncé le lancement de ses essais cliniques.

LE CONTEXTE

Sur France Inter, le lundi 15 mars 2021, Nicolas Demorand interroge Jean-Luc Mélenchon sur les retards de livraisons des vaccins contre la Covid-19 en France : « Que faire face à cette pénurie ? » Le député de la France Insoumise répond : « Il ne faut pas faire confiance aux incapables qui ont organisé cette situation », mettant en cause l’Union européenne, mais aussi la France. Il avance une autre interrogation : « Comment se fait-il que le petit Cuba arrive à faire cinq vaccins, dont trois sont en phase de vérification de leur efficacité, et que la France, qui a inventé l’idée même de vaccin, soit incapable d’en produire un ? » Le député accuse la France de s’en être « remis de manière aveuglée » à l’entreprise française Sanofi, qui « a détruit elle-même » tous ses laboratoires de recherche.

L’EXPLICATION

Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), consultés le 30 mars 2021, 84 vaccins sont en développement clinique et quatre d’entre eux sont cubains. Le Centre de génie génétique et de biotechnologie (CIGB) travaille sur deux d’entre eux, Mambisa et Abdala. L’institut Finlay de Vacunas en développe deux autres, Soberana 1 et Soberana 2. Un cinquième vaccin existe bien : Soberana Plus, également développé par l’institut Finlay pour les patients en convalescence de la maladie. Mais il n’est pas encore recensé par l’OMS.

L’OMS indique que les quatre vaccins sont en développement clinique, donc bien en phase de vérification de leur efficacité. Mambisa et Soberana 1 sont en phase 2, tandis que Abdala et Soberana 2 sont en phase 3. Ce dernier est testé depuis début mars sur 150 000 personnes à Cuba et en Iran.

Mais ces recherches cubaines ne sont pas une surprise. Le pays est réputé pour ses compétences en biotechnologies : dans les années 1980, il a découvert le premier vaccin contre le méningocoque B. Sur les 13 vaccins obligatoires sur l’île, 9 sont produits sur place. Ce qui explique le choix de la souveraineté plutôt que de l’importation des vaccins. L’objectif de Cuba est de vacciner l’ensemble de sa population avant la fin de l’année et de produire 100 millions de doses – cinq fois plus que nécessaire pour sa population totale. Le pays ne compte pas rendre le vaccin obligatoire, mais souhaite le proposer à ses futurs touristes, ainsi qu’exporter des doses vers les pays pauvres.

Quant aux recherches françaises, bien que le pays n’ait pas choisi la souveraineté en matière de vaccin, l’entreprise française Sanofi a annoncé le 12 mars 2021 le lancement de ses premiers essais cliniques.

Les propos de Jean-Luc Mélenchon sont donc imprécis.

Alice Porcher

Les sources à consulter

  • Who.int : « Draft landscape and tracker of COVID-19 candidate vaccines » (actualisé deux fois par semaine)
  • Sanofi.fr : « Nos candidats vaccins contre la Covid-19 » (publié en janvier 2021)
  • Rpcec.sld.cu : Registro público cubano de ensayos clinicos

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