Brexit

Le Royaume-Uni dit bye-bye à Erasmus

Dans le cadre de l’accord post-Brexit, le gouvernement de Boris Johnson a mis fin aux échanges Erasmus entre le Royaume-Uni et l’Europe.

Le Royaume-Uni est sorti de l’Union européenne et a rompu avec le programme Erasmus le 31 décembre 2020. Plus de 4 500 jeunes Français partaient outre-Manche chaque année dans le cadre du programme européen. Faire ses études en Angleterre s’annonce désormais plus compliqué.

 

Par Manon Modicom et Irène Prigent

Fondé en 1987, Erasmus est un programme d’échange qui permet aux étudiants d’intégrer une université d’un pays de l’Union européenne. Ces derniers payent les frais universitaires de leur université d’origine et bénéficient de bourses. Rebaptisé Erasmus+ en 2014, le programme s’est élargi aux élèves du primaire et du secondaire ainsi qu’aux élèves des lycées professionnels. Il aide désormais les étudiants de trente-trois pays à gagner une université étrangère pour un voyage instructif. Le Royaume-Uni constituait le troisième pays d’accueil pour les étudiants français ces deux dernières années. Jugé trop cher par le gouvernement de Boris Johnson, Erasmus est également un symbole de la citoyenneté européenne dont le Royaume-Uni souhaite se détacher. Il a donc abandonné le programme dans le cadre de l’accord post-Brexit signé le 24 décembre 2020. Les étudiants français qui ont l’intention de partir outre-Manche vont devoir revoir leurs plans. 

Les étudiants qui ont rejoint le sol britannique avant le 1er janvier 2020 pourront-ils y rester ?

Ils pourront continuer à étudier comme il était prévu et terminer leur année jusqu’en juin 2021. Seule condition : demander le pre-settled status. Gratuit, ce statut a été mis en place par les autorités britanniques afin d’éviter aux étudiants étrangers des démarches administratives pour acquérir un visa et les coûts qui y sont associés. De plus, ces étudiants n’auront pas besoin de souscrire à l’assurance maladie anglaise, le National Health Service (NHS). La carte européenne d’assurance maladie fera foi pendant toute la durée du cursus de l’élève. Les étudiants devront aussi télécharger un certificat prouvant qu’ils sont bien arrivés au Royaume-Uni avant le 1er janvier. 

À cause de l’accord post-Brexit, les étudiants français qui souhaitent se rendre au Royaume-Uni ne pourront plus compter sur les avantages Erasmus. Photo creative commons

Quels seront les frais universitaires pour les étudiants qui arriveront sur le territoire britannique à partir du 1er janvier 2021 ?

Dans l’Hexagone, une année de licence coûte 170 euros. Avec Erasmus, les étudiants ne paient que les droits de leur université d’origine. Dorénavant, ils devront payer les mêmes frais universitaires que les Britanniques soit en moyenne 10 000 euros. Une année de master peut coûter jusqu’à 50 000 euros, ce qui fait du Royaume-Uni l’une des destinations les plus chères au monde pour étudier.

Les nouveaux étudiants qui arrivent au Royaume-Uni devront-ils faire une demande de visa ?

Les élèves qui restent moins de six mois dans le pays n’ont pas besoin de visa. En revanche, ceux qui envisagent de séjourner plus longtemps devront obtenir un visa étudiant, au plus tard six mois avant leur départ. Onéreux, ce visa coûte 348 livres, soit 390 euros environ. Il n’est délivré que sous certaines conditions. Premièrement, les étudiants doivent obligatoirement avoir un passeport. Ensuite, un numéro de confirmation délivré par l’université d’accueil, attestant qu’elle a accepté l’étudiant, doit être renseigné. Si celui-ci étudie à l’université, le niveau B2 d’anglais est exigé. Pour les lycéens, un niveau B1 est suffisant. Il faut également être âgé au minimum de 16 ans pour espérer obtenir le visa. Une autorisation parentale pour les élèves mineurs est désormais nécessaire. La France fait partie des pays dont les élèves n’auront pas besoin de prouver qu’ils ont assez de ressources financières pour pouvoir vivre et étudier au Royaume-Uni. Grâce à ce visa, les lycéens pourront rester deux ans, cinq ans s’ils sont dans le supérieur. Au-delà, ils devront payer 475 livres supplémentaires pour étendre la durée de validité du visa.

La vie au Royaume-Uni sera-t-elle plus chère ? 

Avant le 1er janvier 2021, la carte européenne d’assurance maladie permettait à un Européen de se faire soigner au Royaume-Uni à prix réduit. Désormais, cette carte n’est plus reconnue par les autorités britanniques. En moyenne, les étudiants devront payer 470 livres, soit 532 euros de frais de santé s’ils comptent séjourner plus de six mois au Royaume-Uni. Ces frais seront indispensables pour avoir accès au National Health Service (NHS), le service public de santé. Un simulateur est proposé sur le site du gouvernement britannique afin de calculer le coût de la souscription à la NHS. Les étudiants pourront continuer à occuper certains emplois pour une durée hebdomadaire de 20 heures maximum. Mais ils ne pourront plus s’auto-employer ni bénéficier d’aides publiques. 

Les étudiants pourront-ils toujours bénéficier de bourses et d’autres aides financières ?

Les étudiants obtenaient auparavant une bourse Erasmus+ qui les aidait à couvrir leurs dépenses. Selon leur établissement d’accueil, les étudiants français touchaient entre 270 euros et 370 euros par mois. Les élèves boursiers sur critères sociaux recevaient une aide complémentaire mensuelle de 400 euros. Puisqu’ils sont Européens, les Français bénéficiaient également d’une bourse délivrée par l’Union européenne. Avec la sortie du Royaume-Uni du programme d’échange, ils ne pourront plus bénéficier de ces avantages pour partir outre-Manche. Ils devront s’en remettre à certaines aides départementales ou régionales qui existent déjà. La région Île-de-France a par exemple mis en place la bourse « Aide à la mobilité internationale » (AMIE). Celle-ci est comprise entre 250 euros et 450 euros par mois, selon les revenus des parents de l’étudiant.

Que vaudront les European Credits transfer scale (ECTS) obtenus au Royaume-Uni ?

Les cours validés par les étudiants français en Angleterre le seront également de retour dans l’Hexagone. Le Royaume-Uni fait partie de l’espace européen de l’enseignement supérieur. Fondé en 2010, ce dernier a permis une généralisation des ECTS dans 48 pays. C’est ce que précise la FAQ du gouvernement dédié à la sortie du Royaume-Uni du programme Erasmus.

La statue d’Érasme, le philosophe néerlandais qui a donné son nom au programme d’échange étudiant européen, a été érigée à Rotterdam aux Pays-Bas en 1622. Photo Wikimediacommons.

Qu’en est-il pour les écoles qui incluent dans leur programme un séjour à l’étranger ? 

En France, les instituts d’études politiques (IEP ou Science po) obligent leurs étudiants en troisième année de licence à partir à l’étranger. Parmi eux, certains souhaitent intégrer une école britannique. L’administration de Sciences po assure vouloir maintenir ses partenariats avec le Royaume-Uni. C’est également le cas d’autres établissements puisque ces échanges ne se font pas dans le cadre du programme Erasmus. Il faut se renseigner auprès des établissements français pour savoir si les partenariats sont maintenus.

Quelles sont les alternatives pour les étudiants français qui souhaitent approfondir l’anglais ?

En Écosse et au Pays de Galle, deux nations membres du Royaume-Uni, la déception se fait sentir après la décision du gouvernement de Boris Johnson de rompre avec Erasmus. La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, crie au « vandalisme culturel ». Elle promet de chercher une solution alternative pour attirer les étudiants. Des enseignements en anglais sont assurés ailleurs qu’en Grande-Bretagne comme en Belgique ou aux Pays-Bas. Toutefois l’immersion ne sera pas complète puisque la langue officielle dans ces deux pays n’est pas l’anglais. De nombreux élèves pourraient se rabattre sur l’île d’émeraude. La République d’Irlande propose en effet de prendre sous son aile les candidats au programme Erasmus. L’Irlande est d’ailleurs à la cinquième place dans le classement des destinations préférées des Français qui partent en Erasmus. La monnaie du pays est l’euro ce qui évite les conversions d’argent et facilite les achats pour les étudiants. 

Un autre programme d’échange entre le Royaume-Uni et l’Europe peut-il voir le jour ?

« Nous allons mettre en place un système d’échange, mais un système propre au Royaume-Uni », assure Boris Johnson. Il portera le nom de programme Turing en référence à Alan Turing, un mathématicien anglais passé par les universités de Cambridge et de Manchester. Ce programme devrait être mis en place d’ici novembre et permettrait aux étudiants britanniques de partir étudier en Europe et à l’international. Reste à savoir quels en seront les avantages pour les étudiants Français.

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